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Orbey

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Orbey

1. La préhistoire d’Orbey : difficile à connaître...

L’archéologie a livré très peu de témoignages des débuts d’Orbey. La région devait être parcourue par des chasseurs, des chercheurs de pierres aptes à la taille, des pasteurs peut être. Dans la vallée voisine de la Béhine, une voie romaine montait de la plaine vers le col du Bonhomme.
La légende veut qu’Orbey abritait des lieux de culte celtique, en particulier au Faudé .Une hypothèse bien séduisante mais malheureusement basée sur aucun document ou pièce archéologique.

2. Le village naît au Moyen Age sous l’oeil du château du Hohnack puis de l’abbaye de Pairis.

Orbey est mentionné pour la première fois en 1049, sous le nom d’Orbeiz. Le village existe donc au XI° siècle et fait partie des possessions des Eguisheim. En 1138, est fondée l’abbaye cistercienne de Pairis au fond du vallon du Noirrupt. L’abbaye reçoit du comte d’Eguisheim un vaste domaine jusqu’aux deux lacs et entretient des rapports plus ou moins cordiaux avec les Orbelais.

Orbey fait partie de la seigneurie du Hohnack, qui passe des Eguisheim aux Ferrette puis aux Habsbourg, qui le concède en fief aux seigneurs de Ribeaupierre. Le château du Hohnack ( sur le ban de Labaroche) veille sur les vallées.

Il est difficile de savoir si les premiers habitants d’Orbey étaient francophones (welches) ou germaniques (alsaciens). Mais dès le XII° siècle, on trouve le lieu de Remeymont, toponyme bien francophone, certainement dans le secteur de Saint Genest.

Les hameaux des Hautes et des Basses Huttes sont cités au XIVème siècle et sont un lien important entre Orbey et la vallée de Munster.

Le XVI° siècle voit à la fois l’apogée du système médiéval et l’éclosion d’un monde nouveau. Les seigneurs de Ribeaupierre font consigner dans un beau coutumier rédigé en français les usages du Val d’Orbey mais maintiennent leur domination féodale. L’abbaye de Pairis est en plein déclin et appauvrissement. Le protestantisme, adopté par les Ribeaupierre, tente certains moines et habitants, mais ne peut se maintenir car la seigneurie du Hohnack est un domaine des très catholiques Habsbourg, empereurs germaniques.

3. Le redoutable XVII° siècle

Orbey va connaître le cataclysme de la Guerre de Trente Ans, surtout à partir de 1635. Le château du Hohnack est occupé, puis détruit en 1655, sur ordre de Louis XIV qui a obtenu la Haute Alsace en 1648. Pairis est dans un piteux état. La population diminue des deux tiers.

Le redressement est très lent. Les habitants se rebiffent plusieurs fois face aux exigences fiscales des Princes palatins de Deux Ponts : Birckenfeld, héritiers des Ribeaupierre. Notons cependant que la culture de la pomme de terre se développe et évite sûrement des famines, même si le légume est encore considéré comme un produit grossier face aux céréales.

4. L’essor du XVIII° siècle.

Le XVIIIème siècle voit la population orbelaise tripler et dépasser les 3000 habitants. De nombreuses fermes se construisent ; beaucoup de croix rurales sont érigées le long des chemins. Mais les terres manquent, le bois aussi, d’où d’interminables conflits avec les autorités seigneuriales. Le tissage à domicile est une activité indispensable à la survie de beaucoup de familles.

La révolution de juillet1789 se marque par le rejet des contraintes seigneuriales : les coupes de bois illicites, le braconnage du gibier et du poisson explosent. Puis les Orbelais apparaissent comme modérés, protègent les prêtres réfractaires. L’abbaye de Pairis est vendue et disparaît en grande partie. En 1798 est formé le canton de Lapoutroie : Orbey qui est de loin le village le plus peuplé du canton voit le titre de chef lieu lui échapper au profit de Lapoutroie, qui semble-t-il, avait des sentiments révolutionnaires plus marqués.

5. XIX° siècle : l’industrialisation au coeur d’un monde rural.

Des manufactures textiles s’installent à Orbey, profitant de l’abondance des eaux vives et de la main d’oeuvre. La classe ouvrière prend de l’ampleur : souvent les ouvriers gardent une activité agricole. En 1849, l’industriel Herzog confie à son gendre Eugène Lefébure la nouvelle usine créée près de la Weiss. Eugène Lefébure nommé maire d’Orbey, entame une carrière politique au service du Second Empire. Orbey prend peu à peu des allures plus citadines, dans son centre. En 1858, une grande église néogothique remplace le modeste édifice précédent.

La population est à son apogée : plus de 5000 habitants ! C’est aussi l’apogée de la civilisation rurale traditionnelle : les terres sont intensément cultivées, les prairies soignées, l’eau d’irrigation répartie avec rigueur . Mais beaucoup de familles sont très pauvres et ne possèdent même pas une vache. Lentement, pendant un siècle, la population diminue.

A la fin du XIX° siècle, l’électricité se développe rapidement : les artisans et les usines s’équipent de turbine hydrauliques. La commune envisage sérieusement l’électrification. Mais 1914 survient...

6. 1870-1945 : Orbey dans la tourmente des conflits.

Lors de la guerre de 1870, les habitants s’efforcent de freiner l’avance allemande grâce aux gardes nationaux et aux francs-tireurs. L’Alsace devenue allemande, Orbey prend le nom d’Urbeis. La langue allemande prend peu à peu la place du français dans l’administration et l’école. Mais le français et le patois welche résistent bien : à la veille de 1914, beaucoup de gens parlent et écrivent l’allemand et le français, tout en s’exprimant la plupart du temps en patois !

Dès août 1914, Orbey subit les ravages de la guerre. Les troupes françaises avancent rapidement vers Colmar, avant de reculer sur une ligne Hautes Huttes - Pairis - Surcenord. La terrible bataille du Linge ensanglante les hauteurs, entre juillet et octobre 1915. Les bombardements s’abattent un peu partout : Orbey est évacuée au début 1916.

La joie de la paix retrouvée, dans le giron de la France ne masque pas les lourdes pertes humaines et matérielles. Orbey se relève peu à peu, l’industrie reprend. Le répit est de courte durée. La Seconde guerre mondiale apporte l’annexion de force à l’Allemagne nazie. Les occupants s’acharnent sur la particularité welche, en germanisant les noms de famille et l’enseignement. En 1942, l’incorporation de force jette des dizaines de jeunes dans l’enfer des combats sous l’uniforme allemand. La résistance est aussi active : réseau de passeurs à travers la montagne, soldats qui désertent et se cachent. Les risques sont élevés : internement dans des camps, déportations de familles...

Quand l’heure de la Libération sonne, en décembre 1944 , elle apporte aussi deux mois de guerre et de destruction. La ville est libérée les 15-16 décembre 1944, après de durs combats. Mais les Allemands s’accrochent sur les hauteurs des Huttes et de Tannach, libérées seulement début février 1945.

7. XX° siècle : une commune en pleine mutation

Après 1918, la paix retrouvée, Orbey panse ses plaies et reprend sa tâche de modernisation. N’oublions pas que dans les années de l’entre-deux guerres, Orbey comptait plusieurs usines textiles et des dizaines de commerces et d’artisans. L’électricité alimente progressivement tous les lieux-dits. Une nouvelle mairie est construite. Les membres du Cercle Catholique construisent de leur main une superbe salle, qui abrite actuellement le cinéma.

Le Lac Noir est doté d’une centrale hydroélectrique ; mais en janvier 1934, une rupture de la conduite forcée inonde la centrale. Neuf victimes sont à déplorer, mais la vallée échappe à la catastrophe. Après réparation, l’usine entrera en fonction jusqu’à nos jours.

Les voitures et camions s’aventurent un peu partout. Les familles se pressent autour de la TSF, de la radio. La modernisation de l’agriculture est lente cependant, faute de ressources. Les boeufs restent plus nombreux que les chevaux.

Après 1945, les mutations s’accélèrent. L’agriculture se motorise, les exploitations s’agrandissent mais le nombre de fermiers diminue fortement. Le textile ferme en 1959. Heureusement la Mécanoplastique prend le relais. Actuellement l’usine Mark IV continue cette fabrication de pièces plastiques, un grand succès de notre vallée. Les artisans se raréfient , comme les commerçants et les aubergistes. Le tourisme d’été et d’hiver bénéficie du développement des syndicats d’initiative devenus Office de Tourisme .

La commune s’étoffe de nombreuses constructions .Une part croissante des habitants migre journellement vers Kaysersberg et Colmar pour travailler. L’automobile devient un outil indispensable de la vie quotidienne.

Le centre ville se rénove et surtout, en 1998, l’usine Orbey Plastiques ( actuellement Mark IV) quitte le centre et s’installe sur une plate-forme construite au bas de l’agglomération. Un grand projet d’urbanisme prend corps : transfert de l’école dans l’ancienne usine, construction d’une nouvelle école maternelle et d’une salle des fêtes, réaménagement paysager de tout le secteur.

Orbey a connu le développement et a su s’adapter , gardant ainsi un fort dynamisme et toute sa personnalité si originale et si attachante.

8. Mais qu’est-ce que le pays welche ?

Le canton de Lapoutroie, comprenant Le Bonhomme, Fréland, Lapoutroie, Orbey et Labaroche forme le pays welche.

Welsch, en allemand, signifie étranger de race latine. C'est ainsi que les Alsaciens de langue germanique appelaient les Alsaciens de langue romane qui habitaient les vallées vosgiennes. Ce terme, romanisé en Welche, fut introduit par Voltaire dans le français littéraire.

Pourquoi parle-t-on une langue romane dans le canton de Lapoutroie, situé à la frontière de l’Alsace ?

La langue welche : une origine lorraine.
Dès l’époque carolingienne, les abbayes lorraines de Saint Dié et d’ Étival ont des possessions dans la vallée de la Weiss. Les comtes d’Eguisheim ont des terres de chaque côté des Vosges. Ces seigneuries installent probablement des colons lorrains sur leurs terre du Val d’Orbey.

La route du col du Bonhomme relie donc Lorraine et Alsace.Vers l'an 1000, Les comtes d'Eguisheim construisirent le château du Hohnack, à Labaroche, et créèrent autour, une seigneurie, la seigneurie du Hohnack. Pour faire vivre le château, des colons furent installés à Orbey et Lapoutroie.

Pendant plusieurs siècles, une population de langue romane vécut dans le cadre d'une administration de langue germanique, la seigneurie du Hohnack. Vivant dans des fermes dispersées, comme dans les Vosges lorraines, les paysans conservaient leur patois roman.

Cette langue fut parlée couramment jusqu'à la Seconde guerre mondiale, soutenue par le monde paysan. Mais le déclin de l'agriculture a entraîné le déclin de la langue.

Le pays welche est une unité administrative
Les premiers seigneurs furent les comtes d'Eguisheim , puis leurs héritiers, les comtes de Ferrette en 1144 et ensuite les Habsbourg en 1324. Les sires de Ribeaupierre, installés à Ribeauvillé, s'étaient emparés, entre temps, de la seigneurie du Hohnack. Ils la reçurent en fief d'Albert d'Autriche. Pour mieux gérer leurs différents domaines, les Ribeaupierre les répartirent en bailliages. Le bailliage du Val d'Orbey recouvrit la seigneurie du Hohnack ( Labaroche, Lapoutroie, Orbey, Fréland et plus tard le Bonhomme)

Le bailliage du Val d'Orbey dura jusqu'à la Révolution, A la Révolution, en 1798, le bailliage devint le canton de Lapoutroie.

Ainsi, durant des siècles, les cinq communes du canton dépendirent de la même administration et sont encore groupées actuellement, non seulement dans un canton, mais aussi dans une communauté de communes, celle de la vallée de Kaysersberg.

le pays welche est un pays rural
Le canton fut, depuis l'origine, un pays d'élevage et produisit du beurre et du fromage qu'on appelle "fromage de Munster". Au XIX° siècle, l'industrie du coton s’installa. Mais l'élevage se maintenait et la région resta en majorité rurale.

Le parler welche évoque les activités agricoles avec beaucoup de richesse et de finesse. Il a aussi intégré des mots nouveaux, liés au travail à l’usine ; ainsi le terme firôbe signifie la fin de la journée de travail et est l’adaptation de l’alsacien firôwa ( Feuerabend )

Le pays welche est une région frontière.
Cause et conséquence à la fois de sa particularité, le pays welche est une frontière millénaire.

C’est une frontière géographique : la ligne bleue des Vosges barre énergiquement l’horizon. A la gare de Fréland, un défilé rocheux ouvre vers Kaysersberg.

Le pays welche est aussi une frontière politique et donc stratégique. Frontière entre le Duché de Lorraine et les Territoires alsaciens, particulièrement surveillée par le château de Kaysersberg. Frontière entre l’Empire allemand et la République française, avec les tragiques batailles des guerres mondiales qui ont ravagé le secteur.

Les influences welches, françaises, se sont mélangées depuis longtemps avec les influences germaniques. Le fonds français domine et a résisté aux pressions politiques , même à l’époque allemande. Le retour dans le giron français a facilité l’expression française du canton welche. Mais en même temps, il porte un coup redoutable au maintien du parler patois, qui apparaît souvent maintenant comme une particularité traditionnelle, voire folklorique, plutôt que comme un moyen d’affirmer et de défendre sa singularité.